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L’ABC de l’œno-géo-paléonto-logie

Il existe de nombreuses interconnections entre l’œnologie, la géologie et la paléontologie. Cet article vous propose un aperçu des principales idées au cœur de cette trilogie : l’œno-géo-paléonto-logie.

Serez-vous étonnés d’apprendre que des scientifiques ont nommé une espèce de dinosaures (l’Ampelosaurus) en l’honneur de la vigne ? Que des vignerons illustrent les étiquettes de leurs vins avec une variété de fossiles, tels que ce dinosaure, des dents de requins, des brachiopodes, des ammonites, des trilobites, … ? Que des vignerons creusent des galeries dans le sol afin d’y trouver des fossiles ? Ou encore que la nature du sous-sol dans lequel les vignes plongent leurs racines (calcaire, schiste, …) peut faire la renommée d’une région viticole ? Peut-on se limiter à n’y voir qu’un élégant marketing ou doit-on y voir une invitation à en apprendre davantage sur l’œno-géo-paléonto-logie ?

S’intéresser à l’œno-géo-paléonto-logie, c’est avant tout reconnaître que le monde est en perpétuelle évolution. Tout change. Peut-être pas à notre échelle humaine, mais tout change, énormément. Contentons-nous de rappeler quelques éléments clés pour alimenter notre réflexion.

La géologie étudie la composition (roches) et la structure complexe (couches) du sous-sol. Elle nous apprend que la structure de notre planète n’a pas cessé de se modifier depuis sa naissance. L’incessante activité, qui a lieu dans ses couches les plus profondes, est le moteur de la tectonique des plaques (connue sous le nom de « dérive des continents » dans sa forme simplifiée à outrance). Celle-ci provoque une lente et continue évolution des environnements, comme l’ouverture ou la fermeture d’océans qui donnent naissance au relief. Mais parfois, le climat subit aussi un changement brutal, et violent, à cause du le volcanisme qui en résulte. L’étude du sous-sol nous apprend également que la vie est responsable de certains dépôts sédimentaires d’épaisseurs colossales, comme dans le cas des gigantesques formations de fer rubanées ou encore des craies.

La paléontologie, en étudiant les fossiles, nous apprend que la vie évolue. Ainsi, les êtres humains (et donc les vignerons et amateurs de bons vins) n’ont pas toujours existé. Il en va de même pour la vigne (le plus ancien représentant de la famille Vitaceae que l’on connaisse, Vitis sezannensis, date du Paléocène, soit entre -66 et -55 millions d’années). Les interactions entre la vie et le climat sont bidirectionnelles :  la vie doit s’adapter aux environnements changeants (climat et écosystèmes), et la vie a eu, à plusieurs reprises, un impact significatif sur le climat (proportion d’oxygène dans l’air, température globale, …). En observant les fossiles qui se trouvent là où les vivent aujourd’hui les vignes, on entre dans une machine à remonter le temps, et on découvre l’écosystème qui existait jadis là où les sédiments se sont déposés.

L’œnologie nous apprend que les caractéristiques du vin ne dépendent pas uniquement des vignes (du cépage) et des compétences du vigneron. Le terroir joue également un rôle capital pour plusieurs raisons. Donnons-en juste trois.

  • La nature du sol (un des éléments du terroir), et en particulier sa couleur, influence directement la vigne. Ainsi, plus un sol est clair, plus il chauffera en journée sous l’effet des rayons du soleil, et restituera cette chaleur à la vigne pendant la nuit.
  • Les vignes cultivées pour le vin (Vitis vinifera) plongent leurs racines profondément (jusqu’à 20 mètres dit-on) dans le sous-sol (un autre élément du terroir). Elles absorbent l’eau qui, ayant voyagé dans la roche, s’est chargée en ions de différents minéraux, lui donnant une certaine minéralité. Or, c’est cette eau qui se retrouvera dans le raisin, puis le vin. 
  • Le micro-climat (qui fait aussi partie du terroir) est directement influencé, entre autres, par la latitude et le relief. Ces deux éléments sont le résultat direct de la tectonique des plaques, et donc de l’histoire géologique.

Dans son métier, le vigneron est amené à faire toute une série de choix concernant la culture et la récolte du raisin, puis d’autres lors de l’élaboration et de l’élevage du vin. Les vignerons, fiers de leurs terroirs, font des choix judicieux permettant d’exprimer le terroir dans le vin, et en particulier dans sa minéralité. Ils vont plus loin, en mettant les roches qui composent le sous-sol et les fossiles qui s’y trouvent à l’honneur sur les étiquettes. La compréhension du vin passe par la compréhension de ces roches et de ces fossiles. Poétiquement, on pourrait dire qu’un vin réussi aurait les arômes du sous-sol et le goût des fossiles qui s’y trouvent … Alors soyons curieux, prenons ces belles étiquettes comme une invitation à en apprendre davantage sur l’œno-géo-paléonto-logie, et surtout dégustons les vins qui les accompagnent !

Par Sébastien Piérard

Paléontologue amateur et membre de l'Association des Géologues Amateurs de Belgique (AGAB) depuis 1994. Organisateur de l'exposition "La vie. Ses origines. Sa diversité." qui s'est tenue au palais des congrès de Liège en 2018 et qui présentait plus de 250 fossiles exceptionnels, issus des collections de l'université de Liège et de diverses collections privées.

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